Ce texte date du début de l'année. Les jeunes ont entre 13 et 16 ans. Pour ceux qui ne connaissent pas cette partie de mes activités tout est expliqué ici et vous pouvez lire d'autres textes dans la rubrique "Interventions".
Un p’tit bonheur tient parfois à si peu de choses. Une parole, une attention, une avancée légère, un sourire …
Mardi dernier, Janis m’a fait un beau cadeau. Janis qui se traîne tant de difficultés depuis si longtemps. Sans le faire exprès, sans le savoir, il m’a offert un p’tit bonheur…
Mardi ... – 13h30
Nous installons l’atelier d’art plastique avec l'éducateur. Nous commençons à travailler sur notre projet de BD. Tout se passe très bien, je fais un petit cours sur la création d’un personnage de BD.
Et voilà notre Janis qui arrive, tout sourire, avec une vingtaine de minutes de retard. Il avait prévenu semble-t-il. Il avait « un truc » à faire. C’est vrai que Janis a du mal à rester deux heures assis sur une chaise. Mais il vient. C’est important ça !
Il s’installe et commence à monologuer sur les « keufs » dehors, les affaires, ses jugements et je ne sais quoi. Je lui rappelle qu’il est en cours et que nous travaillons sur la BD. Je lui refais le topo sur la création du personnage et Janis me réplique que c’est trop compliqué, qu’il n’y arrivera jamais. Mais non, mais non, je lui réponds, tu vas voir. Il faut essayer. C’est moins compliqué qu’il n’y parait. Ca va t’aider.
Alors, il prend sa feuille, taille son crayon et s’y met. Comme il hésite et manque de confiance je décide de le faire en même temps que lui, pas à pas, sur ma feuille. Et ça marche. Il pose des questions, rectifie, gomme. Janis est très concentré, il fait tout son possible pour réussir et ça fonctionne. Il a fait son premier personnage.
Et il me surprend encore. « Maintenant, tout seul. J’en fais un tout seul. Laissez-moi faire. Vous allez voir ! » Il est rempli d’enthousiasme. Il faut dire que nous n’avons pas limité nos éloges pour son premier personnage. Et il voit bien, lui-même, que son personnage ressemble bien à un personnage de BD. Il y prendrait goût ?
Le second est encore plus réussi. La fierté de Janis est palpable. Il a corrigé ses erreurs lui-même au fur et à mesure. Je ne l’ai pas aidé. Il a fait exactement comme les autres. Il a écouté les consignes, les a appliquées et a fait du bon travail. Je crois que c’est un peu nouveau pour lui. Il n'est pas habitué à réussir. Il n'est pas habitué à être complimenté.
Il est resté très concentré pendant une heure. Une heure pendant laquelle il n’a parlé que de dessin. Une heure pendant laquelle il a travaillé sans répit. Pour Janis, c’est un petit exploit. Il est plutôt agréable en cours mais il a beaucoup de mal à rester concentré. Il faut dire, que pour lui, les choses sont souvent encore plus difficiles que pour d’autres. Il part de très loin. Ce que d'autres font assez simplement lui demande, à lui, beaucoup plus d’efforts. Et sa concentration en est plus intense.
Après son deuxième personnage, Janis s’est remis à discuter un peu de tout et de rien, calmement. J’ai senti qu’il avait été à son maximum. J’étais très contente de son travail du jour et je lui ai dit. Et nous lui avons laissé un peu de mou. Il a été charmant jusqu’à la fin du cours.
Et moi, je planais sur un petit nuage. J’avais réussi à l’accrocher, lui, renvoyé de plusieurs établissements pour absentéïsme ou pour violences. J’étais fière de moi. J’étais fière de lui. J’étais fière de nous.
Une satisfaction. Un sourire. Un élève qui tire la langue, concentré sur sa feuille. Un jeune content de lui. Un sentiment de travail bien accompli.
Un p’tit bonheur.